Le Proces Costes

LETTRES DE SOUTIEN (3)
April 1997

Lettres de
Claude Westerberg (galeriste et militante antiraciste)
Jean-Claude Moineau (universitaire)
Anabelle Roux (comedienne et metteur en scene)
Jean-Christophe Florentin (directeur du Genereux)
Eric Leroux (journaliste)
June Shenfield (ecrivain)
Jean-Marc Manach (redacteur en chef de 101)
Hughes Dedit (musicien)
Nicolas Richard (journaliste)
Marie-Anne Lecomte (comedienne et videaste)
Shoei Go, Masahide Hasegawa, Ryo Fujiwara, Hifumi Maeda et Naoki Nishigori (directeurs et employes du label Japan Overseas)
Jean-Marie Pradier (professeur des universites, co-directeur du departement theatre, responsable du groupe de recherche en ethnoscenologie)


PAGE 4 : lettres de Caty et Jan Willem van Hemert, Bruno Peuportier, Stephane Androuin, Pascal Ulrich, Jean-Luc Lecourt, Tristan-Edern Vaquette, Herve Michel, Christophe Leraie, D. M., Samba

PAGE 5 : lettres de Gregory Marin, Jan Willem van Hemert, Charles-Philippe Nestel, Yves Pierog, M.B. van der Hoek, Bernard Vatrican, Philippe Huger, Valerie Tenegal

PAGE 6 : lettres de Shinji Nabae, H.F. Blondeau, Lionel Tran, Christophe Leleu, Emmanuel Chuilon, Olivier Rosay, Denis Chevalier, Laurent Boyer, Jean-Marie Bec, Yves Gisbert.


21) Lettre de Claude Westerberg, galeriste et militante anti-raciste


J'ai connu Jean-Louis Costes lors d'un spectacle qui s'est deroule dans ma galerie "L'Usine" en juin 1991. On etait alors en pleine guerre du Golfe et le show s'intitulait "Partouze Koweit-City". Tout seul sur scene, Costes, en etat de transe, figurait un soldat sur le champ de bataille. L'horreur de la guerre, le sang, la mort, la douleur des autres, exaltaient ses sens. Il prenait du plaisir a tuer et a voir mourir; il se rejouissait du carnage, heureux de pouvoir enfin donner libre cours a sa propre violence. Et les merguezs volaient a travers la piece pour aller s'eclater contre le mur comme s'il s'agissait de morceaux de chair.
Pour ma part, je n'ai jamais rien vu d'aussi anti-militariste que le spectacle de ce soldat faisant l'eloge de la guerre sans aucune espece de retenue. Cela peut sembler paradoxal mais l'effet voulu etait atteint et beaucoup plus surement qu'au moyen de laborieuses theories pacifistes. Avec son cote Grand-Guignol, l'art de Costes se rapporte tout a fait a ce que preconisait Antonin Artaud dans ses ecrits sur le theatre : "Sans un element de cruaute a la base de tout spectacle, le theatre n'est pas possible. Dans l'etat de degenerescence ou nous sommes, c'est par la peau qu'on fera entrer la metaphysique dans les esprits".
Pour un artiste, la provocation n'est jamais gratuite. C'est la facon qu'il a d'exprimer sa pensee. A travers tous ses spectacles, Costes temoigne de son irrespect des ideologies. Croix gammee, etoile juive, croix chretienne, croix de Lorraine sont autant de drapeaux qu'il malmene allegrement au nom de sa liberte. Costes n'appartient a aucune eglise, il n'adhere a aucun parti et chacun peut trouver dans son theatre exactement ce qu'il desire y trouver. Cette fois-ci ce sont les etudiants juifs qui se sentent offenses mais, d'autres fois, Costes est menace par les skins-heads parce qu'il les a ridiculises. Alors, qui peut poser sur lui une etiquette et pretendre definir ses opinions?
A la galerie "L'Usine", ou je fais des expositions de peinture depuis dix-sept ans, agrementees parfois de petits concerts, de lectures ou de pieces de theatre, j'ai eu l'occasion d'acceuillir quatre fois des spectacles de Costes. Il est pour moi un artiste au meme titre que la centaine de peintres, poetes ou musiciens qui m'ont fait l'honneur de venir montrer leur travail dans ce lieu. Jamais je ne l'ai entendu tenir des propos que l'on puisse qualifier de racistes ou antisemites.
Je suis moi-meme tres chatouilleuse sur ce sujet car je milite depuis de nombreuses annees dans des associations qui luttent contre le racisme et l'antisemitisme. Si j'avais eu le moindre doute sur les idees exprimees par Costes, cela aurait heurte des convictions qui me tiennent a coeur et jamais je ne lui aurais ouvert les portes de ma galerie.
Le 7 mai 1997.

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